Berlin - Dans un discours bouleversant prononcé dans le bâtiment du Reichstag allemand, le président italien Sergio Mattarella a rappelé les horreurs du passé tout en adressant de sévères mises en garde au présent. A l'occasion du jour de deuil national, 80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Mattarella a dressé un tableau sombre de la situation géopolitique actuelle.
Il a mis en garde contre l'émergence de „nouveaux Dr. Strangeloves“ qui minimiseraient la menace nucléaire. Le président a critiqué le fait que le traité d'interdiction des essais nucléaires de 1997 n'ait jamais été ratifié par des pays clés comme les Etats-Unis, la Chine et l'Iran et que la Russie ait retiré sa ratification en 2023. Selon lui, cela risque d'ouvrir une nouvelle „boîte de Pandore“ et de „mettre à la casse“ des traités établis.
Du „plus jamais ça“ au „à nouveau“
Mattarella a tracé une ligne directe entre les tragédies du 20e siècle et les conflits actuels. Le „plus jamais ça“, qui est devenu la maxime après l'Holocauste, risque de s'affaiblir. „Au ‚plus jamais ça‘ s'oppose un ‚encore‘. De nouveau la guerre. A nouveau le racisme. A nouveau de grandes inégalités“, a averti le chef d'Etat.
La guerre montre aujourd'hui son visage dans les civils non défendus : „C'est ce qui se passe aujourd'hui à Kiev, à Gaza“. Il a rappelé que, selon l'ONU, plus de 90 pour cent des victimes de la guerre sont aujourd'hui des civils. Selon lui, une agression est un crime, et la souveraineté d'un peuple ne signifie pas le droit d'attaquer son voisin.
La coopération germano-italienne comme modèle
Malgré la gravité de ses propos, Mattarella a souligné la force de la coopération. En compagnie du président fédéral Frank-Walter Steinmeier, il a remis le „Prix des présidents pour la coopération communale entre l'Italie et l'Allemagne“. Ce prix récompense les jumelages de villes qui favorisent le dialogue et l'entente entre les peuples.
La cérémonie était également placée sous le signe du 70e anniversaire de la présence italienne en Allemagne, à commencer par les premiers „travailleurs invités“. Steinmeier a rendu hommage à l'amitié profonde et a souligné l'importance de travailler ensemble également sur les „chapitres sombres“ des crimes nazis. Mattarella a loué le multilatéralisme comme „l'outil qui refroidit les divergences“ et comme protection contre l'arrogance de ceux qui placent une „raison d'État“ impitoyable au-dessus de la vie de l'individu.




















