Affaire Ranucci : les enquêteurs arrêtent Lavitola
L'homme d'affaires aurait planifié l'attentat à l'explosif contre le présentateur de l'émission « Report » afin de servir de tremplin à sa carrière politique.
Rome – Le parquet de Rome a fait arrêter l'homme d'affaires Valter Lavitola, soupçonné d'être le commanditaire de l'attentat contre le journaliste Sigfrido Ranucci. Un juge d'instruction a délivré lundi le mandat d'arrêt ; l'enquête est menée par le procureur Francesco Lo Voi.
L'attentat s'est produit le 16 octobre 2025 devant le domicile de Ranucci, dans la banlieue romaine de Pomezia. Un engin explosif a détruit deux véhicules, sans faire de blessés. Quatre auteurs présumés ont déjà été arrêtés par les enquêteurs en juin 2026. Un mandat d'arrêt a également été délivré à l'encontre d'un autre suspect, le ressortissant camerounais Gomes Clesio Tavares, qui, selon le dossier d'enquête, aurait servi d'intermédiaire entre Lavitola et le groupe d'auteurs de l'attentat. Selon les enquêteurs, Lavitola aurait agi selon des méthodes mafieuses.
Ranucci anime l'émission d'investigation « Report » diffusée sur la Rai, dans laquelle il a révélé à plusieurs reprises des affaires de corruption ainsi que des liens présumés avec la mafia. Les enquêteurs et le journaliste lui-même ont établi un lien entre cet attentat et son travail journalistique.
Les dossiers d'enquête révèlent également un mobile inhabituel : Lavitola aurait apparemment eu pour projet de faire de Ranucci une figure politique. Dès 2024, il lui avait écrit dans un message de chat qu'il deviendrait Premier ministre dans deux ans. En janvier 2025, il a annoncé qu’il commanderait un sondage sur la popularité de Ranucci dès qu’il disposerait de suffisamment d’argent. Dans ses motifs, la juge d’instruction chargée de l’affaire précise que l’attentat n’avait pour seul but que d’accroître la notoriété de Ranucci et de faire avancer le projet politique de Lavitola. Ranucci se serait montré curieux face à ces avances, mais il n’existe aucune preuve d’une entente entre les deux hommes.
Avant même son arrestation, Lavitola n’était pas un inconnu dans l’histoire judiciaire italienne. L'ancien éditeur du journal socialiste L'Avanti ! avait déjà été condamné définitivement pour chantage à l'encontre de Silvio Berlusconi et avait été impliqué par le passé dans le scandale dit « de l'achat de sénateurs ». Selon sa défense, il conteste les accusations qui pèsent actuellement contre lui.
Ranucci lui-même a déclaré après son arrestation que Lavitola avait tenté de le convaincre de son innocence après l'attentat, et qu'il l'avait d'abord cru. Cette affaire met ainsi en lumière un milieu dans lequel le journaliste s'est retrouvé pris au dépourvu, alors qu'il avait longtemps considéré ce milieu comme inoffensif. La Première ministre Giorgia Meloni avait exprimé sa solidarité avec Ranucci après l'attentat d'octobre 2025.
L'enquête se poursuit. On ignore pour l'instant si d'autres personnes de l'entourage de Lavitola feront l'objet d'une enquête du parquet.




















