Goro – Cet été caniculaire profite justement à l'animal qui cause le plus de soucis aux pêcheurs du delta du Pô. Le crabe bleu, introduit depuis l’Atlantique Ouest, s’adapte parfaitement à des températures de l’eau avoisinant les 30 degrés. Les moules communes et les palourdes, en revanche, suffoquent dès que l’oxygène vient à manquer. Dans la Sacca di Goro, environ 2 000 tonnes d’animaux adultes ont été pêchées en 2025, contre 1 400 tonnes l’année précédente. Pour 2026, les chiffres mensuels sont jusqu’à présent encore supérieurs.
Le pic n'est donc pas encore atteint. La population continue de croître, affirment les experts de l'université de Ferrare, qui suivent l'évolution de la situation depuis l'apparition de l'épidémie au printemps 2023. Le delta offre à cette espèce des conditions idéales pour son cycle de reproduction : les mâles remontent vers les eaux douces pendant la mue, tandis que les femelles restent près de l'embouchure et pondent plusieurs fois au cours de leur vie. Le crabe ne semble pas non plus être gêné par le manque d'oxygène ni par une forte salinité.
Pour la conchyliculture, c'est une question de survie. Dans la Sacca di Goro, les exploitations parviennent à sauver une petite partie de leur production grâce à des clôtures, mais font état de pertes de l'ordre de 70 %, car les naissains sont systématiquement détruits. La situation est similaire dans certaines régions de Vénétie, où un décret ministériel a reconnu fin juillet la prolifération exceptionnelle de 2025 comme un événement exceptionnel. Les exploitations ayant subi une perte de rendement d'au moins 30 % peuvent y demander des indemnités.
D'un fléau à un produit
L'aide publique est gérée par un délégué gouvernemental dédié au crabe bleu ; le plan national spécial prévoit dix millions d'euros pour 2025 et 2026. La région d'Émilie-Romagne a débloqué environ 3,5 millions d'euros entre 2023 et 2025 et s'est engagée à verser 1,5 million supplémentaire cette année, auxquels s'ajoutent 450 000 euros destinés à des mesures environnementales dans la Sacca di Goro.
En parallèle, le secteur tente de transformer ce fléau en opportunité commerciale. Un consortium de pêcheurs du Polesine se lance dans la production de crabes bleus en bocal – sous forme de pinces, de filets et de mélange de chair. Jusqu’à présent, une grande partie des prises était expédiée au Sri Lanka pour y être transformée ; à l’avenir, une partie restera dans le pays et sera vendue sous une marque propre. La raison est d’ordre pratique : si l’envie de goûter ce crabe est grande, celle de s’atteler à la tâche fastidieuse consistant à en retirer la chair est faible. La pêche à elle seule ne résoudra de toute façon pas le problème. Pour les juvéniles, il faut des prédateurs naturels : le bar, la dorade, l’anguille et les gobies.



















